Sam Francis
Réalisée lors de ses années d'études à Berkeley, Sam Francis délaisse la figuration pour explorer un paysage intérieur purement chromatique. L'espace de la feuille est saturé par des strates horizontales de pigments profonds, où dominent des bleus nocturnes, des violets sourds et des touches de terre d'ombre. On y devine encore des formes biomorphiques, sortes de cellules ou de masses organiques qui semblent flotter les unes sur les autres, créant une impression de profondeur aquatique. La fluidité propre à l'aquarelle est ici exploitée avec une liberté nouvelle : les contours s'estompent, les couleurs fusionnent par endroits, tandis que des rehauts de jaune et de rose pâle en haut de la composition apportent une lueur éthérée, comme un horizon lointain. Pour la première fois de manière aussi explicite, l'artiste laisse la peinture s'échapper par de fines coulures et des projections nerveuses qui ponctuent le bas de la feuille, témoignant d'une gestualité qui s'affranchit de tout contrôle rigide.
L'importance de cette aquarelle réside également dans le fait qu'elle pose les bases d'une carrière internationale fulgurante. En s'éloignant de l'influence de ses professeurs pour trouver sa propre voix à Berkeley, Francis prépare le terrain pour ses futures séries monumentales. Ce qui n'est ici qu'une expérimentation sur papier deviendra, quelques années plus tard à Paris puis au Japon, une quête mystique de l'espace blanc et de l'éclat pur. On peut dire que sans cette rupture esthétique de 1948, Sam Francis n'aurait jamais pu devenir ce "peintre de l'air" capable de capturer l'impalpable. Ce travail de jeunesse est donc bien plus qu'une simple ébauche ; c'est la pierre angulaire d'un édifice artistique qui redéfinira l'expressionnisme abstrait à l'échelle mondiale.
Provenance
Robert Green Fine Arts, Mill Valley, Californie
Galerie Simon Blais, Montréal
Gary Snyder Fine Art, New York
Collection Privée, New York